"Les Nouvelles de la Colline"

en chantier "Néo-Orfilien"

jeudi 26 février 2009

au fil

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Phil
a écrit dimanche 25 janvier 2009 à 11:25 am
Objet : féré

BORBORYGMES
N° 11 car tant que ça bouge encore.
N° 12 vous allez me dire ce sont des mots?

Dans le sympathique capharnaüm qui occupe l’espace de la boutique, les "Nouvelles de la Colline" recèle des perles comme ces fascicules de BORBORYGMES, revue de littérature et d’images. Quelle surprise de découvrir en ces temps si peu propices au ravissement, un élégant livret mélangeant poèmes et textes courts. Quel bonheur.
Julien Derôme et son comité de lecture manifestent, dans la cohérence de leurs choix, l’éclosion sinon d’une école, d’une famille d’auteurs trentenaires et des références décalées (le chanteur Allain Leprest ou  l’éclectique Jean-Claude Pirotte).
Pour un adolescent romantique pour qui la drague est le partage de l’émotion esthétique ( si ça existe encore), voici l’objet idéal pour toucher l’élue de son cœur (en tout cas, l’éprouver). Pour tous, c’est un bol de fraîcheur que de redécouvrir la poésie vivante. Aujourd’hui.
Autre chose que les bouses pseudo rimées du slam et de la nouvelle chanson française (Bénabar et consorts). Julien Derôme a créé une revue précieuse et rare qui met à l’honneur  une langue simple et sensible. Le tirage en est bien sûr confidentiel, alors ne boudons pas notre snobisme, c’est un excellent investissement.

Phil.

PS: pour la dérisoire somme de 24 euros, la revue offre son intégrale dans un coffret de Noël. Je sais que je suis à la bourre mais cela n’ôte rien à la pertinence du packaging.

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et d'effort et d'effet

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Claire Pietra a écrit jeudi 27 février 2009 à 16:08 pm
Objet :traçant (mis en musique, bientôt)

Patience,

Tout, je veux savoir, tout. Rédige-moi l’histoire de ce regard, déballe-moi sans délai, de ce portrait, tous les secrets. Dis donc, de cet homme sur l’image dont je préfère encore taire l’identité, délicatesse ultime de ma part, non (?) envers ses proches, mais aussi, prudence évidente parce que l’affaire judiciaire avec laquelle il a maille à partir, cette inextricable affaire, toujours en cours d’instruction, embarrasse, j’en fais quoi ? De cet homme sur l’image, raconte-moi le rando, raideur hors piste vicinale, raconte-moi ce qu’il est possible et permis, supportable, surtout supportable pour moi, de lire.

Pas évident, ce n’est pas évident, 'pas ? L’action se passe sur la côte cantabrique, à deux pas de « la Fosse au Fou », un siphon marin de l’enfer, gigantesque colonne circulaire, creusée à la verticale depuis la crête, même, jusque dans les fondations de la falaise calcaire, à une volée de pierre lancée depuis la grotte ornée de Pechon, grotte dont s’ouvre la grille d’entrée en frappant au carreau de Sarcelia - c’est la bedotte du village - pour obtenir d’elle, miracle, la clé du cadenas qui après dix heures et sans relâche, de crampons dans la lande et la caillasse, révèlera  aux faisceaux de lampes acétylènes et frontales, nos rêves ocres et bruns sur les parois rocheuses, tatouages en entrailles, mystères enduits, ceux de nos viscères repeintes.

De cet homme sur l’image, livre-moi ce que tu m’autorises. Vas-y, mais écris. Mon tapis romanesque trame une histoire que je m’assure, simple : il commence par un roman qui finit, une photo en noir et blanc, pièce à charge d’un procès en cours qui découvre un type qui lui, s’est déjà condamné et finit par un roman qui commence : la rencontre avec une femme, qui, assise sur une banquette de musée, se contemple, admire, le croit-elle ainsi, un fétiche préhistorique, une œuvre d’art. Tout se passe, tout, dans l’entredeux cent milles, une espèce d’errance où les choses n’en finissent pas de finir ou de commencer ?

On y voit quoi, sur la photo, dis ? D’un sombre étayage, un sous bois, perce un regard en biais, sous abri des sourcils, durci par une virgule griffant sa pommette droite. C’est curieux, ce regard s’extrait de la caboche inclinée, rehaussée de fines aiguilles, quelques cheveux rebelles qui s’irritent alentour, se dressent et s’agitent, frémissent par devant un feuillage, qui, à l’arrière plan, tremble, appel discret vers une lumière rare ; l’éclairage d’un quartz tombe de là-haut, du gril en douche. C’est curieux, ce regard, frappe unique à double mire, pointé vers l’objectif, ce regard  produirait, selon moi, l’étrangeté de la mise en scène argentique, un drame photographique. Le drame, mais le drame de qui ?

De cet homme sur l’image, dis, vas-y, dis ce qu’il est possible et permis, acceptable mais, pas plus, pour moi, de lire. Je divague et me concerte avec le prévenu, je croise, avec lui, les anecdotes qui se contredisent, se multiplient ou s’abolissent. J’y mêle son intime et le mien avec le mural, alors que chaque audience, au tribunal, délace et dilate, son affaire privée en pleine tribune publique, exhibe son linge perso qui dégouline en commentaires depuis quelque «  Affirmatif Point Comme » vers les forums les plus productifs.

C’est ça, oui, ça cogite et mijote et mes certitudes, happées par la luminosité basse du décor végétal, se heurtent, et se nourrissent, s’opposent au silence que m’adresse le modèle. « Eaux fortes » et « pointes sèches », je détache sur le papier mat, les objets éclatants suivants : un t.shirt blanc, au col duquel s’entortille une étiquette agaçante ; un nez, c’est dit, saillant ; une mandibule inférieure, à sa naissance : bossue ; une calotte osseuse sub-orbitale qui penche, perchée au dessus du regard, deux pupilles en fuite cavalière. Magnétiques, ces deux taches fixes, renfoncées dans leur cavités anatomiques. Dieu, que ce regard, fascine, enfin moi, qui puis-je, je m’obstine ! Quelques feuilles suspendues, enluminures primitives, décrochées du grand écran en profondeur de scène - drapé uni, nuit - survivent hors sol en d’étranges croyances ascensionnelles. Mais qui, qui l’a pris, la photo ?

J’aime plaindre, en pleurs, ses mains disparues car de cet homme sur l’image, le bas du cadre taille, par deux, sa poitrine et ne laisse pendre, seul visible, du bras valide que le moignon. Reste à choisir ma vitesse de lecture, je m’y recréerai, prétend-on, à mon aise. Pesante ou drôle, frivole, tragique et futile, mon allure changeante complique, triture à souhait, le paysage quotidien. Tout y devient incertain, confusément précis !

Pas évident, ce n’est pas évident, vrai ? En double commande, pirate, je parasite l’enquête, celle du juge en charge de l’affaire. Serait-ce possible ? Béatrice, la complice de mon personnage, amatrice de combinaison plongée et tout comme lui, d’antiquités, entre en scène à marée haute. L’astuce convenue avec elle, pour le rejoindre sans témoin dans la grotte, selon mon hypothèse, c’est la crique, en face de la gueule ouverte d’accès au gouffre, un boyau immergé à quelques mètres sous la surface, ce jour-là, sans vague. Son zodiaque qui dézippe l’eau de l’anse, je suis catégorique, est piloté par un autre marin confirmé qui se charge des navettes depuis la plateforme du voilier discrètement ancré, jusqu’à la nacelle débordante de leur collecte archéologique ». A croire le story-board de mon film, en douceur, les paniers descendent jusqu’au pied de la muraille, bel aplomb, ce filin de nylon, non ?

Ensuite, quoi ? Je trace sur mon immense nappe blanche au sol, des lignes sans objet apparent. Je construis du possible, retouche la construction graphique. Je m'attarde sur un détail, reconsidère l'ensemble. Je supprime une fondation que je juge, désormais, inutile. Tant de fois, je repense l'épreuve d'où jaillit, sans cesse, d'autres perspectives que, mais c’est stupide, j’abandonne, suis-je idiot ! Bon d’accord. Bouteille à oxygène, équipement commando sous-marin, complet, la comparse de mon totem traverse à la nage, pour elle c’est facile, le siphon grondant par dessous la falaise, refait surface, prend pied, de l’autre côté, sur un rocher, au fond du gouffre. Alpiniste agile, aussi, elle escalade les trente mètres de paroi verticale et lisse où l’attend tout en haut, au plus périlleux passage, ça y est, j’ai pigé, son destin, le fossoyeur, mon commandeur. Tout autour, je ne vois, à leur mains gauches : rien, le grand vide dans le vent, la mer en bas s’empale et, sur mains droites, guère mieux : un invraisemblable fossé les sépare d’une large bande herbeuse et sauvage mais, entre et, sous leurs pieds : une herse verticale, des pics en pointillés, lambeaux de rocs, lances de l’ordre géologique. Démence audacieuse (?) mes deux funambules, osent où les sabots fourchus de chèvres renoncent. Au sortir de la séance d’écriture, je coupe par un shunt lumière, et je conclus : « je me retire », alors là, mon zozo, à coup sûr, je me plante.

L’histoire de mon ombre sur l’image, par un scénario crédible, remboursera-t-elle ma dette ? Au lieu de cela, me soumettre, en tout point, m’exécuter : je ruse. Je remplace l’inéluctable du récit qui, encore et pour toujours, enchaîne les faits, noue les drames où règne en force, à part égale, l’ordre et l’identité par quoi ? La logique du hasard ; celle où l’aléa s’allie à l’agone, où ma raison fracassée résonne d’angoisses et de joies, un vrai bazar. Je joue la comédie dans mon cabinet cuisine, je danse, brisé, sur des morceaux de miroirs pilés. Reflets dépliés, je raconte que je me raconte une histoire.

Je poursuis ce mis en examen qui figure  sur l’image, je progresse en lui, minable, à quatre pattes. L’effroi du vertige glace, cristallise mon système cérébro-spinal. J’atteins et franchis, presque, la passerelle qui, fixée au sommet de la falaise, s’effondre, sous ma surcharge, poids d’ange. Béatrice, pourquoi n’est-elle plus là, encordée, derrière moi (?) se raccroche à la main courante et métallique, elle glisse, se régale, en rigole. C’est fini. La rampe en partie décrochée du rocher, retient, encore si peu, la plateforme qui s’est dérobée sous ses pieds. La  prochaine visite au parloir, ce sera, patience, samedi.

samedi 14 février 2009 à 02:45 am

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samedi 17 janvier 2009

là, Phil s'échauffe

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Phil a écrit samedi 16 janvier 2009 à 08:31 pm
Objet : polymorphe

JEUNESSE

« Aux Nouvelles de la Colline », on sait bien à quoi et à qui je réserve mon fiel. Nicolas Sarkozy, omniprésident, a nommé Martin Hirsch  Haut-commissaire à la Jeunesse. Décision politique destinée à répondre à la particulière désaffection des jeunes pour notre très petit président (dixit les sondages…). Je n’enfoncerai pas le clou sur la très pertinente remarque de Marc Cohen sur le blog « Causeur ». Martin Hirsch se targuait déjà d’un Haut-commissariat sans administration en hérite d’un second sans budget. Que notre omniprésident confie la Jeunesse à l’ancien patron d’Emmaüs en dit long sur l’acception qu’il se fait de la politique. Alors même qu’il prétend vouloir effacer Mai 68, il illustre pleinement la Société du Spectacle décrite par Debord et consorts. Le Politique qu’on nous a dit réhabilitée par la crise, se résume à l’occupation de la sphère médiatique par ce qui serait une sorte de pendant idéologique du degré zéro de l’écriture ( merci Roland).
Effets d’annonces qui masquent le creux de la réflexion, mais qui en disent long sur les arrière-pensées de nos dirigeants. Ils en sont revenus à considérer la jeunesse (et ses aspirations) à un phénomène encombrant, un peu étranger à leur vision idéale de la société. C’est ainsi qu’il faut interpréter le vœu de notre très sagace président, annuler Mai 68.
Et après avoir insidieusement repris en main l’ORTF (France Télévision, quelque chose comme ça…), il annonce le projet d’un Musée de l’Histoire de France. A quand le ministère de la Vérité.
D’autant qu’en face, on est pas aidé. Le débat politique sonne creux donc, relégué au style Star Ac. Nicolas Sarkozy excelle dans cette superficialité qui émerveille sans satisfaire, qui rassasie sans nourrir. Il en connaît les conséquences, « Louis XVI et sa jeune femme » … Il a vraiment tout du cuistre. Et c’est le meilleur.
Peut on encore croire à la politique institutionnelle ? Je vous renvoie au très billant (mais assez ardu) essai de Paul Veyne, » Les Grecs croyaient-ils à leurs Mythes ? ».
Bonjour chez vous.

Phil.

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mardi 13 janvier 2009

si Phil siffle

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Phil a écrit dimanche 11 janvier 2008 à 09:58 am
Objet : double

« La belle vie »
De Jay Mac Inerney
Éditions de l’Olivier

Aux « Nouvelles de la Colline », on a pas peur de manier le concept et vous en aurez bientôt  la brillante manifestation avec l’éclosion des « Images Voyou, Dirty Pictures ». Et dans un autre registre, New York après le 11 septembre, pitch du dernier roman de Jay Mac Inerney, ça c’est du conceptuel, coco…!
En fait la disparition du World Trade Center n’est que la toile de fond de « La belle vie » où l’on retrouve les personnages de « Trente ans et des poussières », œuvre générationnelle unanimement célébrée en son temps. Et Mac Inerney confirme définitivement son statut de chroniqueur de New York, moderne figure de l’Urbs.
Si l’objet du Roman est de témoigner de la réalité au travers d’une fiction, nous sommes face à un très grand romancier. Car loin du récit compassionnel et circonstancié, ce que Mac Inerney nous donne à voir c’est comment l’histoire de Russell et Corrine, le couple emblématique des Eighties, devient celle de Corrine et Luke dans le New York de l’automne 2001.
Le drame du 11 septembre n’est plus que la métaphore de la perte de repères que ressentent tous les protagonistes du récit. Et le prétexte pour certains de s’exorbiter d’une existence qui pèse subtilement, comme Luke et Corrine.
Au fil de son œuvre, qui commence à prendre une belle densité, c’est le portrait d’une génération, d’un monde, que s’attache à décrire Jay Mac Inerney avec un somptueux brio. Le dernier chapitre de « La belle vie » est un pur bonheur d’écriture et un petit clin d’œil proustien. J’espère sincèrement que l’auteur voudra bien prolonger l’exercice avec un troisième opus de ce qui deviendrait alors la saga des Calloway.
Bonne lecture et bonne année.

Phil

PS: Je sais bien que tout cela se situe entre TriBeCa et Park Avenue avec des héros CSP++, mais c’est pas du tout du Marc Levy. Je ne voudrais pas vous décevoir.

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mercredi 3 décembre 2008

Maggy ? Ronald ? c'est qui ?

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Phil
a écrit mardi 02 décembre 2008 à 22:05 pm
Objet : massif et cheap

BOOKS n°1
L’actualité par les livres du monde
Bimestriel
En kiosque.

Avec un tel sous-titre, aux « Nouvelles de la Colline » on ne pouvait qu’être curieux d’un nouveau magazine promettant de flatter notre fibre internationaliste. D’autant que ce numéro inaugural est proposé au prix d’appel de 3 euro, argument décisif en ces temps de crise.

C’est elle d’ailleurs qui fait le gros titre de la couverture sous l’intitulé alléchant de « l’effet Panurge ».

Le dossier se révèle décevant. La discussion s’organise autour d’une analyse en termes de sociologie comportementaliste appliquée à l’économie, d’où il ressort implicitement que le marché ne saurait avoir tort et que l’homme est faillible. On notera sans surprise que tous les contributeurs appartiennent à l’école anglo-saxonne.

Cerise sur le gâteau, le dossier s’achève par un article ambigu sur le krach des tulipes de 1637, premier phénomène désastreux du capitalisme financier. Un distingué professeur britannique nous laisse entendre confusément que les conséquences matérielles du krach furent moins graves que la polémique qu’il souleva et l’image qu’il laissa à la postérité. Pour le moins audacieux aux vues des arguments avancés.

Le reste du magazine est à l’avenant; le patron des bibliothèques d’Harvard vantant les vertus de Google et de l’édition en ligne, la dissidence en Corée du Nord et, actualité oblige, un article très daté (1965) de Edmund Leach sur le mythe Levi-Strauss.

C’est pétrifiant. Et le premier choc passé, on comprend qu’on a entre les mains un magazine grand public (c’est eux qui le disent) destiné à un lectorat néo-conservateur, à tendance libérale, heureux de se familiariser avec le vocabulaire des élites anglo-saxonnes. L’ambition, si tant est qu’on puisse ainsi la qualifier, est de s’inscrire en face des publications référentielles de l’intelligentsia de gauche.

Tout le reste n’est qu’habillage marketing, grand avatar de la culture américaine.

Prêts pour le grand bond en arrière ? Avec BOOKS, les mânes de la Dame de fer et de Reagan veillent pour vous.

Phil

PS: nos lecteurs attentifs auront sans doute remarqué la puissante campagne d’affichages qui a accompagné le lancement de ce magazine; pour les hérauts de l’acculturation, il n’est pas besoin de subvention.

 

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du rail au ciel

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Jean-Paul a écrit mardi 02 décembre 2008 à 15:59 pm
Objet : gênant

Pour un traitement plus digne des étrangers.
A. Spire

On ne peut ouvrir les portes pour accueillir tout le monde, mais on peut au moins traiter les personnes avec dignité.
Mireille Moreau, bénévole à la Cimade

ALEXIS SPIRE,
Accueillir ou reconduire.
Enquête sur les guichets de l'immigration,

Raisons d'agir, 2008, Edition
124 p. ISBN : 978-2-912107-44-2

Chaque année, l'administration française délivre plus de 2 millions de visas (de tourisme, surtout), plus de 660 000 titres de séjour dans les préfectures, et 20 000 autorisations de travail dans les directions départementales de l'emploi et de la main-d'œuvre. L'auteur, qui s'est fait embaucher un temps comme « guichetier vacataire » dans un service préfectoral, a mené plusieurs enquêtes sur les personnels chargés de recevoir les étrangers, entre 2003 et 2007 ; son étude n'est pas rassurante, malgré les nuances qu'elle s'impose et son souci d'éviter les généralisations excessives.

Les services en contact direct avec les étrangers demandeurs de visas ou de titres de séjour, sont les moins attrayants et donc les moins demandés par les personnels administratifs : les employés y sont en moyenne peu qualifiés et vivent cette affectation comme un échec personnel, compensé par une relative sécurité pour les fonctionnaires titulaires (les vacataires à statut précaire, de plus en plus nombreux, constituant cependant un quart des effectifs) ; les plus conformistes, les plus attentifs au discours de la hiérarchie, qui transmet les préoccupations du pouvoir, y trouvent aussi des possibilités de promotion qu'ils n'auraient pas dans des services mieux considérés, même si leur salaire demeure inférieur au niveau de responsabilité qui leur est conféré.

La hiérarchie exerce sur ces personnels une pression efficace au nom d'un devoir d?efficacité, la performance exigée supposant qu'ils ne perdent pas de temps à l'examen de cas individuels parfois complexes, qu'ils limitent au maximum l'écoute des « assujettis », soupçonnés d'être des fraudeurs.

Alors que dans une administration normale, les « clients » peuvent se faire entendre et « réclamer », ici, la pression du nombre de demandeurs, les conditions de travail difficiles, sont compensées par un sentiment de supériorité sur ces derniers.

Bien entendu, le capital social et relationnel de certains étrangers un peu moins « étrangers » ( !) leur donne accès à toutes sortes de dérogations dans les consulats, qui disposent de « bureaux des relations publiques », accordant les visas dont les demandeurs sont recommandés. N'évoquons pas ici les cas de corruption d'agents en relation avec la demande de visas, signalés comme monnaie courante par le rapport Gouteyron (27 juin 2007).

A. Spire insiste sur le pouvoir discrétionnaire des agents subalternes et de l?encadrement intermédiaire, montrant que le décalage traditionnel entre les instructions des circulaires et les pratiques s'accroît. Les hauts fonctionnaires qui écrivent (les circulaires) se trouvent contraints (dans un climat d'intense politisation) de procéder par euphémisation et laissent aux agents intermédiaires le soin d'appliquer ce qu'ils n'ont pas pu expliciter. Deux préfectures de départements différents n'interprètent donc pas de la même façon les textes qu'elles ont reçus. Mais la tendance à restreindre les droits des étrangers est, elle, générale : Le nombre d'étrangers accédant pour la première fois à une carte de dix ans est passé de 39 697 en 2003 à 24 133 en 2006 (d'après le Rapport du comité interministériel de contrôle de l'immigration, décembre 2007), soit une baisse de 60 %. Ce primat du provisoire est un moyen de rappeler à l'étranger qu'il n'est pas un sujet de droit et de mettre à l'épreuve sa volonté de se maintenir sur le territoire. Dans le cadre de ce compte rendu, nous n'évoquerons pas les obstacles opposés aux artistes africains qui se rendent en France .

L'auteur se garde de peindre des guichetiers qui seraient tous xénophobes, même si les récits d'humiliation jalonnent l'histoire de l'administration de l'immigration. Il distingue, à côté des entrepreneurs de morale, qui adhèrent et font adhérer au discours dominant du pouvoir, les pragmatiques, indifférents aux conséquences humaines de leurs décisions et refusant d'admettre la singularité de leur travail, les réfractaires, très minoritaires, souvent plus instruits et diplômés, qui, la plupart du temps, partent pour d'autres services. Les personnels d'origine étrangère ou venus d'outre-mer, surreprésentés aux guichets d'accueil des étrangers, ne constituent pas les gros bataillons des réfractaires : ils n'éprouvent pas plus d'empathie à l'égard des demandeurs car le passé migratoire de leurs parents peut très bien les conduire à se construire en opposition aux étrangers d'immigration plus récente. De même, certains fonctionnaires noirs ou métis endossent des postures particulièrement répressives pour s'assurer une place à part entière parmi les entrepreneurs de morale.

Que signifie cette expression ? Fidèle à la théorie voulant que les classes dominées se fassent les gardiennes les plus rigoureuses de l'ordre établi, parce qu'il a au moins le mérite de leur garantir leur place au sein d'une organisation disposant de repères fixes, l'auteur explique que ces petits fonctionnaires, déstabilisés, mal considérés, inquiets quant à leur avenir et à celui de leurs enfants (ne vivant pas non plus dans les meilleurs quartiers avons-nous envie d'ajouter), ont la conviction de se trouver en première ligne d'un juste combat : En protégeant l'État contre les demandes formulées par des étrangers (?), les agents de l'immigration sont convaincus de se protéger eux-mêmes, de défendre le modèle social français.

Accueillir ou reconduire ?, on s'en doute, ne convaincra pas de revenir sur leurs positions ceux qui jugent nécessaire et possible de maîtriser l'immigration. Tel n'est d'ailleurs pas son propos. Mais A. Spire a réussi une étude passionnante sur ces personnels auxquels « nous » déléguons de graves responsabilités et qui représentent la France. Pour notre honte parfois.

Les ministres chargés d'une politique votée par un Parlement à la demande d'un gouvernement élu, dont nul ne conteste la légitimité démocratique, ou leurs proches, se sont-ils jamais trouvés dans la situation de ces étrangers traités par les consulats ou les préfectures ? Est-il impertinent ou d'une naïveté extrême de poser la question, de rêver d'une État qui, sans renoncer à l'exercice de ses droits de contrôler, de protéger, de disposer du monopole de la violence, saurait se rappeler qu'il a aussi des devoirs ? Le respect de l'autre, surtout quand il est en situation d'infériorité, ne devait-il pas être au cœur de la mission, qui restera très difficile, des services associés à l'entrée ou au refus d'entrée des étrangers en France ?

Jean-Paul

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mardi 2 décembre 2008

dirty Chicago 's pictures show

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Robin a écrit mardi 02 décembre 2008 à 09:28 am
Objet : so bad

El Loop !

"bad bridge", Chicago le O4 11 2008 par Robin

El Loop !

"bad metro", Chicago le 04 11 2008 par Robin

El Loop !

"bad bus", Chicago le 04 11 2008 par Robin

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élue

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Robin a écrit mardi 02 décembre 2008 à 09:25 am
Objet : d'emprunt

"négatif" d'un autoportrait

"Néga de moi", Chicago" le 04 11 2008 par Robin

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samedi 29 novembre 2008

où Phil harmonise

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Phil a écrit samedi 29 novembre 2008 à 08:14 am
Objet : résilient

VIKTOR VAVITCH
De Boris Jitkov
Calmann-Lévy éditeur.

Avec quelque retard sur l’actualité éditoriale, les « Nouvelles de la colline » veulent attirer votre attention sur un solide pavé écrit dans les années trente par un obscur écrivain russe, refusé par la censure stalinienne et miraculeusement redécouvert à la fin du siècle dernier. Viktor Vavitch, héros éponyme du roman de Boris Jitkov, est devenu en moins d’une dizaine d’année une figure de référence au-delà de la culture russe. Miroir de toutes les contradictions du XX° siècle, Viktor et la multitude de personnages qui donnent sens à l’effervescence obscure de la révolution de 1905, couturière de la grande année 17, revivifient surtout la grande tradition du roman russe dans une forme épurée. Dans la lignée des œuvres profuses de Tolstoï et Dostoïevski, Jitkov nous offre un prototype brillant, anticipant discrètement l’atonie moderniste. Style, construction et moyens donnent au récit une vie quasi cinématographique. C’est peu dire qu’on se régale. Mais si nous vous parlons aujourd’hui de cette indispensable lecture, c’est pour remarquer que l’éditeur, maison ancienne et prestigieuse, a le concours du "CNL" pour cette publication. 741 pages de bonheurs ont besoin de l’aide des pouvoirs publics pour être proposé au public au même prix qu’une brève diarrhée d’une certaine Christine A. C’est déjà inquiétant. Et lorsqu’on songe que notre omniprésident se gausse de « La princesse de Clèves », on se dit que les futurs classiques du siècle qui s’ouvre auront bien de la peine à se faire entendre. On vous tiendra au jus.

Hasta siempre !
Phil

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dimanche 23 novembre 2008

Buzz'Orfil

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Phil a écrit dimanche 23 novembre 2008 à 06:31 am
Objet : promotionnel (phase -1) 

MERIDIEN RETROUVE

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Aux « Nouvelles de la Colline », on se prépare au tsunami poético musical qui va bientôt déferler. Lundi 01 décembre, accompagnés de notre Pierre-Alain, Yas, princesse rebelle du Rn’B néo orfilien, et Grégory, défricheur d’espaces sonores, rentreront en studio pour graver une nouvelle plage musicale de ce pays.
Votre serviteur a eu le privilège de découvrir la maquette, encore bien imparfaite, et tente depuis de s’en remettre. Et comme vous, j’attends avec impatience d’entendre Yas nous révéler tout cela : texte, publié en avant première sur « Blog'Orfil » et puis musique, un impromptu de « Marta is around ».
Ami néo orfilien, vigilance inutile ! Bientôt tes ondes lanceront du hip hop postmoderne par Yas et Grégory.
MERIDIEN RETROUVE, choc salutaire qui, nous le savons,  prépare une suite.
Sur le net et CD s’entendent déjà Yas avec « the Light Motiv ' », Grégory Casal dans « Bits of reality ».

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samedi 15 novembre 2008

autres "créances pourries"

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Phil
a écrit samedi 15 novembre 2008 à 08:38 am
Objet : pédagogique, leçon deux

POUR L’AMOUR DE L’ART

Nul ne pourra accuser « Les Nouvelles de la Colline » de mercantilisme sournois puisque l’ouvrage dont je vais vous parler  ne figure pas dans la gamme prodigieusement diversifiée que propose cette sympathique échoppe.
Le JOURDE & NAULLEAU, puisque c’est ainsi qu’ils ont choisi de nommer leur précis de littérature du  XXI° siècle, est une référence assumée aux « LAGARDE & MICHARD » de nos années lycée dont ils reprennent les grilles et le plan. Mais là où nos émérites professeurs nous initiaient aux mystères de la grande et éternelle littérature française au travers de l’analyse de ses figures emblématiques, leurs épigones facétieux ont du composer avec leur horizon qui, on l’espère vivement, n’est pas indépassable.
Car l’outil critique mis au point pour extraire la quintessence d’un auteur est d’une infinie cruauté lorsqu’on l’applique à la crème des auteurs germanopratins du jour. Christine Angot,  Alexandre Jardin, Anna Gavalda, Philippe Sollers, Florian Zeller entre autres bénéficient de ce filtre précis qui abouti invariablement au concassage de leurs prétentions artistiques. Le lecteur averti est pris d’une jubilation sadique en parcourant la notice biographique de Marc Lévy, sensation qui ne le quittera que longtemps après avoir fini le livre. On pourra regretter certaines omissions (Grangé, Chatham, la prometteuse Faïza Guène ), comprendre des oublis (Beigbeder, tu ne seras jamais écrivain ), admettre l’absence de redondance (Musso… ), évoquer des ambiguïtés (Houellebecq, Nothomb ), on sort finalement rassuré de ce voyage au travers des lettres contemporaines. Pour paraphraser Coluche, quand on voit ce qu’on voit, on sait pourquoi on pense ce qu’on pense. Soit ! Mais alors… Les auteurs que Jourde et Naulleau ramènent à leurs très humbles dimensions sont pourtant les champions de l’édition française. Les phares de notre culture  et les sauveurs d’une industrie bien délabrée ; songeons un instant à la dimension d’un Bernard-Henri Levy  (à défaut d’être profond , il se pourrait que je sois creux* )… Et pendant ce temps, l’éditeur des gestes de Kramine Plétore et d’Olaf empile les invendus dans son modeste logis, encourant l’ire de sa dulcinée embarrassée par cet encombrant amoncellement. La FEMELLE du REQUIN diffuse à 500 exemplaires le fruit de son travail rigoureux et passionné  pour des auteurs brillants et substantiels oubliés des médias. Et ce pauvre Pierre-Alain tente de survivre en écoulant  diverses figurines totémiques mais miniatures (le char Tigre, la 2CV, les créatures de Manara en 3D, etc.). C’était notre moment culturel éthique et vindicatif. Vous pouvez zapper.
PHIL.

* la citation est tirée de « Fiasco » , délicieux roman de Mathieu Terence dont je ne parlerai pas car sinon vous ne le lirez pas.

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dimanche 9 novembre 2008

du clou

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Estelle Jacquet-Prior (3ème édition) a écrit dimanche 09 novembre 2008 à 19:09 pm
Objet : de piété

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"Pôle 1"; mine de plomb sur papier (recadrée, non signée, non datée)

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"Pôle 2"; mine de plomb sur papier (recadrée, non signée, non datée)

3p_le3_copie2p_le3_copie1p_le3_copie
"Pôle 3"; mine de plomb sur papier (recadrée, non signée, non datée)

[à suivre, bonne journée à tous]

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trait de qualité

----- Message -----
Estelle Jacquet-Prior a écrit dimanche 09 novembre 2008 à 11:39 am
Objet :dénué

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"nu" in "Dessins, Aquarelles et Gravures; 1993-2004", encre de chine sur papier, recadré (Hiroko Nishida)

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sans plus de poilu

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Claire Paulhan a écrit samedi 08 novembre 2008 à 23:17 pm
Objet : pas perdu

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La Jeunesse morte
Jean Guéhenno
Le 18 novembre 2008, aux :
éditions Claire Paulhan

roman inédit

La Jeunesse morte est le premier et seul roman que Jean Guéhenno (1890-1978) ait jamais écrit : inédit jusqu’à ce jour, ce récit  autobiographique évoque la Grande Guerre, sa Grande Guerre. Tout comme Jean Guéhenno, Toudic, le héros de La Jeunesse morte, est un jeune provincial, d’origine modeste, qui a réussi le concours de la rue d’Ulm. Doté d’une « foi farouche en la puissance des idées », Toudic croit en l’importance des livres et des maîtres, en la grâce de la paix et de l’amitié. Au Quartier latin, il a deux compagnons normaliens, Hardouin et Lévy (inspirés par les figures, bien réelles, de Marcel Etévé et d’André Durkheim), avec lesquels la vie « était magnifique et adorable tout ensemble »... Mais un archiduc autrichien est assassiné à Sarajevo, puis Jean Jaurès, et voici toute leur génération qui sombre dans le « bruit de la guerre », sous les encouragements de Maurice Barrès, d’Albert de Mun et des « vieillards » qui gouvernent la France. L’ardeur de ces jeunes gens, qui se veulent des « hommes nouveaux », nourrit dans un premier temps leur enthousiasme à défendre la patrie. Bientôt résignés à faire leur devoir, ils sentent monter indignation et révolte : « Les mythes en eux étaient morts. Ils savaient que la ligne de feu était une ligne de cadavres, que les balles qui vibrent autour des hommes couchés n’étaient point un vol d’abeilles, que le sang au soleil était horrible à voir, et fiers d’être vainqueurs, ils avaient honte d’être des hommes. »
C’est le début d’un cauchemar, ponctué d’événements terribles : Lévy est tué ; Toudic, grièvement blessé, est évacué vers l’arrière où il apprend la mort de Hardouin. Désormais, Toudic-Guéhenno a charge de la mémoire de ses deux amis, dont la
« mort inutile » pèsera  moralement sur son parcours d’intellectuel dans le siècle…
Aucun éditeur ne voulut publier ce « roman lyrique », commencé en décembre 1917 et achevé en octobre 1920. Ni l’oubli, ni l’inaction ne furent donc permis à Jean Guéhenno : « Beaucoup de nos amis sont morts tandis que nous avons la chance de vivre ; mais avons-nous le droit de nous reposer ? »

C. Paulhan

Edition établie par Philippe Niogret,
annotée par Patrick Bachelier, Philippe Niogret et Jean-Kely Paulhan,
préfacée par Philippe Niogret et Jean-Kely Paulhan.
288 pages. 33 photographies et fac-similés noir et blanc.
Repères bio-bibliographiques.
Annexes: 3 fragments autobiographiques inédits de J. Guéhenno.
Isbn : 978-2-912222-29-9. Prix public: 32 €.
Comptoir de vente (pour les libraires et les particuliers) : 
Librairie Les Autodidactes, 53, rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris.

Editions Claire Paulhan
85, rue de Reuilly
75012 Paris
01 43 41 47 38 (répondeur)

http://www.clairepaulhan.com

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re'Phil des baffes

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Phil a écrit samedi 08 novembre 2008 à 05:40 am
Objet : menaçant, premier avertissement

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OLAF CHEZ LES LANGRE
Luc Blanvillain
Ed. Quespire éditeur.

Quespire éditeur nous gratifie, une nouvelle fois, avec un savoureux OLNI _ Objet Littéraire Non identifié_ pour ceux qui n’ont pas fréquenté le germanopratin sans peine, catégorie dominante aux « Nouvelles de la Colline », j’imagine.

« Olaf chez les Langre » est un roman intriguant qui flirte avec les littératures de genre. Je ne voudrais pas déflorer la composition de Luc Blanvillain mais je peux assurer que le lecteur y trouvera du suspens, de l’action, des larmes et de sacrées bourrasques. L’écriture savamment épurée a la nervosité requise pour nous entraîner dans cet univers stylisé. On en redemande.

Une nouvelle fois, il nous faut saluer le flair de l’éditeur qui à l’appui des textes offre un format original et d’une merveilleuse commodité. Parfait pour le métro, tient dans la poche et patins couffin Enfin bref, un bel ouvrage.

Pour en revenir au beau roman de Luc Blanvillain, sa lecture évoque Oui Oui (le groupe d’Etienne Charry et Michel Gondry, voyons!), Jean-Yves Cendrey, Valérie Mréjen et tout ce courant de la jeune littérature française, descriptive ment clinique. Bien loin de l’autofiction flatulente chère aux suppléments littéraires; Jean Echenoz doit se sentir moins seul.

Pour finir, juste une confidence, la saga d’Olaf a réveillé le souvenir d’un roman emblématique de la poésie fantastique des années 70, « La vie comme une course de char à voile » de Dominique Douay, intrigue dickienne, lyrisme stupéfié et absurdité prémonitoire.

Bonjour chez vous.

PHIL

P.S: On me dit (car j’ai des sources sures au sein de ce blog) que la consultation de mes chroniques est inversement proportionnelle aux ventes enregistrées de leurs objets. C’est pas glorieux. Dois-je menacer de plus chroniquer avant la douzième réédition de « Grandeur et décadence de Kramine Plétore » ou massacrer quelques otages choisis tant que la saga d’Olaf dans son adaptation au petit écran n’aura pas supplanté « Plus belle la vie » ? Sérieusement, c’est à vous de faire exister une culture alternative aux platitudes dont nous abreuvent les médias. Et cela ne vaut pas que pour le livre.

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samedi 1 novembre 2008

Or'Phil à pas d'heure, la métaphore

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Phil a écrit samedi 01 novembre 2008 à 05:45 am
Objet : matinal et sans soif

LE BAR
Alexis RAUTUREAU
Ed. QUESPIRE EDITEUR.

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Aux « Nouvelles de la colline », on aime la ligne de cette maison d’édition, « Quespire Editeur », et c’est avec impatience que nous avons dévoré sa dernière livraison. Et on s’en est pris une bonne; c’est inhérent à la fréquentation des bars et celui d’Alexis Rautureau ne déroge pas à la règle. « LE BAR », est un texte puissant, introspection morose servie par une langue superbe. Le lecteur est subtilement entraîné dans ce questionnement spéculaire qu’un dégrisement relatif et la solitude des petits matins favorisent. Cette connivence de comptoir n’est pas le moindre exploit que réussit ce bel ouvrage, et on se prend à attendre la suite…

Texte de saison tant son spleen automnal résonne avec ce moment infiniment diffracté qui affecte notre raison pratique en ces temps de débâcle. L’éditeur peut se féliciter de son flair, Alexis Rautureau est une pépite rare dont on peut attendre mieux que ce très bel exercice de style.

On est content pour eux mais, de grâce, un peu de légèreté. Nous sommes sur le site exclusif ( et on le comprend) de Troulou et Tralala. Allez, la prochaine, c’est pour moi.

PHIL.

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mardi 21 octobre 2008

sur notre 31

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Fabrice Baudart a écrit mardi 21 octobre 2008 à 01:03 am
Objet : roubaldien

Requin, femelle,

Faisant mentir ceux qui disent que la Femelle ne du requin moment, celle-ci vient de faire paraître son numéro 31. Mais à qui consacrer un numéro 31 ? Aucune hésitation ! A l’auteur de Trente et un au cube, à savoir Jacques Roubaud.

Ca tombe bien, Roubaud est un auteur méconnu (mais connu) et pour tout dire mé-lu. Et c’est bien dommage pour les lecteurs qui ne savent pas ce qu'ils perdent en ne le lisant pas (un lecteur ne peut de toute façon que savoir, une fois qu’il aura lu, ce qu’il aurait perdu s’il n'avait pas lu (vous suivez ?)).

Donner envie de lire Roubaud est une œuvre salubre qu'il faut saluer. Celui-ci est en effet l'auteur de quelques textes majeurs de la poésie contemporaine (si ! si !) : sans parler du plutôt connu Quelque chose noir, citons-en d’autres peut-être moins fréquentés : La Pluralité des mondes de Lewis, Dire la poésie, Autobiographie, chapitre dix, ou encore La Fenêtre veuve (oubliée, celle-ci, par La Femelle).

Mais l’œuvre de Roubaud est riche de bien d’autres choses, proses, romans, nouvelles, textes inclassables (comme le merveilleux Abominable tisonnier de John Mc Taggart Ellis Mc Taggart (un de ses chef-d’œuvres si vous voulez mon avis)) et aussi d’écrits théoriques aux points de vues originaux. (Et pourquoi ne liriez-vous pas La Fleur inverse, ne serait-ce que pour y découvrir la Tenso du néant de Aimeric de Peguilhan et Albertet de Sisteron et le Bac à sable d’Oskar Pastior).

Une œuvre où le profond, le grave, le tragique et l’austère côtoie le cocasse, le drolatique et le saugrenu. (Sans parler du réel talent de l’auteur pour les textes érotiques (on ne vous dira pas où ils sont : vous n’avez qu’à chercher))

Vaste territoire, forêt-labyrinthe, où cheminer pour échapper au fourmillement des routes (T. Tzara) et ou la Femelle a planté, non ses dents, mais quelques précieux poteaux indicateurs. Une longue interview permettra aux non encore roubaldophiles de découvrir l’individu et donnera aux autres le plaisir d’avoir de ses nouvelles.

Reste une angoissante question : l’animal auteur (un labrador à ce qu’on dit (est bien ce que l’on croit)) a-t-il réussi à sortir indemne des mâchoires du redoutable squale femelle.

« Aujourd’hui, ainsi, je suis dans le toujours même monde, j’ai franchi la distance infinie de la séparation et rien jamais ne me sera familier. »

Fabrice Baudart.

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dimanche 19 octobre 2008

Roubaud et chapeau bas

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Phil a écrit samedi 18 octobre 2008 à 14:22 pm
Objet : dévorant

« LA FEMELLE DU REQUIN »
La version moderne de la caverne d’Ali Baba que constitue « les nouvelles de la colline » (la boutique, pas le site, quoique…) recèle quelques exemplaires de la dernière livraison de « la FEMELLE du REQUIN », revue littéraire aussi pointue que jubilatoire.

Le numéro d’automne consacré aux corps étrangers revient sur l’œuvre de Jacques Roubaud dans un dossier très complet et présente Jorge Volpi, étoile montante de la littérature sud-américaine, dans une intéressante mise en perspective. Les responsables de la revue maîtrisent leur sujet et prennent plaisir à partager leurs lectures dans une formule éditoriale agréablement féconde.

Pour l’heure, c’est Jacques Roubaud qui est l’objet de leurs soins attentifs. Je gardais de Roubaud l’image du poète qui m’avait réconcilié avec ce que la culture française a fait de ce genre ces cinquante dernières années. L’excellente présentation de son œuvre, la richesse de la présentation critique et la majestueuse malice de l’entretien, voilà qui donne envie de se rapprocher du travail d’un auteur profond et exigeant.

Inciter à lire Roubaud est faire la promotion de l’intelligence, ce qui n’est pas si commun de nos jours. Et il faut un certain courage pour offrir une lecture de Jorge Volpi subtilement décalée de l’image de rejeton baroque du Boom. D’autant que « Bolano, épidémie », l’inédit de l’auteur mexicain vaut son pesant de fifrelins (la nervosité des Bourses m’interdisant une évaluation certaine en devises courantes).

Votre libraire préféré espérait de votre serviteur une contribution plus massive. Mais que puis-je ajouter au magnifique travail réalisé par « la FEMELLE du REQUIN ». Tirée à 500 exemplaires. En ces temps de spéculations forcenées, l’achat de cette revue, mieux, son abonnement sont des investissements précieux.
PHIL

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samedi 18 octobre 2008

une toporique salue Roland

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Robin a écrit samedi 18 octobre 2008 à 14:42 am
Objet : dansant

 

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vendredi 17 octobre 2008

démallons tout

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Claire Pietra a écrit vendredi 17 octobre 2008 à 04:50 am
Objet : prosodié (six projets)

Méridien retrouvé

Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
Musique : Grégory Casal

Sous ces sept traverses de portées musicales, de part et d’autre de l’axe médian, sur lesquels s'inscrivent les multiples reflets de nageurs obstinés, et qui segmentent mon dos crawlé, immergé en ce monde carrelé, je m’élance.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Google-earth on board is driving me so freaky.

La coupole perd de son éclat, se confond avec le ciel gris, apparaissent, ainsi, à sa surface : les reflets clair argent de l'eau frappée par les projecteurs, les tracés ondulants tout au fond du bassin, sa bordure interrompue pour faire place aux plongeoirs, plots pour prix d'excellence.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Google-earth on board, I’m becoming a bit whacky.

Se détachent dans les remous, à une courte distance, mes deux palmes orthopédiques, mes deux palmes ou douze si nous les comptions ! D'autres baigneurs, pagayant avec fracas, croisent à l'intérieur de ces six caissons miroitant au plafond.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
je parcours le monde, vingt mille mètres/secondes.

La pluie éclabousse la voûte vitrée. Des corbeaux, quelques instants, troublent le ballet d’ensemble, puis, disparaissent bien avant les nuages, verticales accroches, quasi fixes, draps tendus, au dessus de mes menus secrets.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Nijni-Novgorod, Sumbawanga, Fianarantsoa.

Une verrière remplace l'ancien toit de la piscine « Ed. Pailleron ». Attendre la fin des travaux, quelle patience il m'aura fallu, ma chérie ! J'y nage en longueurs mes deux heures de bonheur par jour depuis l'inauguration.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
en plongée satellite même si immobile.

Je renverse légèrement la tête vers l'arrière, je rédige ces lignes à l'aide de mes bras balancés. Ma silhouette, allongée sur l'eau, soulignée par la tache sombre du maillot, par six fois, s'affiche sur les écrans.

Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
je m’envoie en l’air, avec toi, mon overprose. (ter)

vendredi 17 octobre 2008 à 04:50 am

nos mots, Jeannot

Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
Musique d'après Tom Waits

et si je trouve les mots de Jeannot, peut-être, trouverais-je, les miens pourrais-je lire, qui sait, les tiens ? mais il dit quoi, Jeannot ? il dit : mon lit, c’est un donjon entouré de la douve profonde, creusée par mes propres mains avec acharnement, il dit : je suis Vauban, je fortifie ma citadelle à quatre pattes pour la rendre imprenable, je me protège par l’infranchissable fossé de ma souffrance d’un monde par trop incommuable il dit : je poinçonne mon sol, je lamine contre la prochaine hostilité de germaniques invasions inévitables avec tous les petits trous de la chanson, moi, Jeannot, je cause cunéiforme ; de cette écriture primale pour  extraire les maux de l’origine, graffités par un ratier sur le plancher de ma solitude, je sonde jusqu’à l’infini, ma mine il dit : en enfer, c’est une rivière incandescente, elle enchâsse un des rochers-lits escarpés de Dante sur lequel, damné de l’inutile comédie, je m’accroche il dit : des limbes océaniques, entre les cornes du caprin, le souffle tenace sur les cordes tendues par un sauvage fait résonner les sensations caves de mon crâne il dit : entendez-vous ce vent vibrer à travers la multitude des trous de ma flûte-parquet juste au dessous de mon corps allongé ? je vais me coucher, je plonge dans le causse racleux mes plantes de pied ; la caresse confirme, active, la carte perforée d’un système binaire, complexe et sophistiqué ; c’est la partition musicale retranscrite sur les cartons d’orgue ; je la rejoue à chacun de mes passages obligés je m’allonge et depuis l’oreiller, je jauge Styx ; la menace file là, tranquille, la brasse paisible il dit : c’est mon Danube devant Zemun ; avec ma longue vue, tout en haut de la tour de garde, je scrute l’arrière pays derrière la crénelure, les garnisons oublieuses et avinées sommeillent en bas dans le marais ; aux aguets sur l’avant poste de Beograd, marche de la chrétienté, juché sur mon cénotaphe, armé de ma seule corne de brume, vigilant, j’alerte le quidam en cas de mouvements suspects dans la tumultueuse marée de joncs alentours il dit : les interminables alignements  de ronds dans les encres brunes de Vincent Van Gogh, interrompent  les radicales rangées de traits ; ses paysages japonisants comme mes incantations maléfiques, falsifient pour l’inexpert abusé, la redoutable trace des impacts en mitraille, innombrables et puis il dit la chambre, la chambre close, mon ultime refuge à moi, avant la mort ; l’antichambre je me lève à pas d’heure, mes pieds nus, aussitôt, replongent dans l’œuvre en cours mais dans ce cours de l’œuvre, à la chute du sommier, je retombe dans le flux du lit magistral immuable,  mon écriture est toujours là, aux quatre pieds du lit, comme ma douleur inaltérable il dit

jeudi 27 novembre 2008 à 04:56

O. murs nus

texte : Claire Pietra , « Rédac’Orfil »
musique d'après Joseph Haydn

Dans la chambre aux murs nus
Lacée serrée lacérée
Dans un corset, émue
Quand m'enlaceras-tu ? (bis)

O. murs nus (bis)

Le temps s'étire infini
Main de velours sur ma peau
Pages après pages
je lis L'histoire d'une femme sans nom (bis)

O. murs nus (bis)

Par la fenêtre entrouverte
Sur le jardin désert
Les branches de l'arbre pénètrent
Sous ma peau comme des fers (bis)

O. murs nus (bis)

Promesses inutiles
Dans la pierre aux dents dures
Les paroles sont futiles
Qui dit j'aime a perdu (bis)

O. murs nus (bis)

Dans la chambre aux murs nus
Lacée serrée lacérée
Dans un corset, émue
Quand m'enlaceras-tu ? (bis)

O. murs nus (bis)

dimanche 23 novembre 2008 à 08:27

chiche

texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »

viens, tu viens chéri, chich', mais
après Gérard avec qui j'écris
que des tas d' trucs hardis, ah si si
après Alain qu'on en grille une
comme deux frileux sur le parvis, zipo zip'
après Cyril que toutes admirent
curieux mâle beaucoup trop loup, hou-hou
après Rico, chef craint d' service
pour ses sublim's cuirs, ouille ouille mais
surtout, viens, car si j'oublie 

viens,tu viens chéri, chich', mais
après Jean-Yves avec qui j' marche
à vive allure, nos jambes, han han
après Marc, mon number one
à qui, c'est fou, tout réussi, tout
après Raoul, même qu'il m'aime
ce mari d' génie, le mien, hihihi
après l' grand Léo quand il me prend
dans son auto d'écolo, new bouh mais
surtout, viens, car si j'oublie

viens, tu viens chéri, chich', mais
après André avec qui j' danse
ce que c' tch'tchène bouge, tant pis toupie
après m'sieur Louis, ça, c'est papa
qu'est tout'l' temps pas du tout content, brrr na
après Thierry, parc' que si p'tit
qu'avec moi, l'est assez gentil, au dodo
après François, là, j'te suis pas
tu veux pas d' ça, un autre enfant, mouin ouin mais
surtout, viens, car si j'oublie

mercredi 03 décembre à 02:52 am

ça veut dire quoi ?

Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »

c'est parce qu'il attend des voies spéciales
en direction de l'est parisien
que notre TGV traverse le bassin
à la vitesse d’une loco ordinaire

dans un tunnel carnassier qui nous avale, passé Nancy
et quelques solides caténaires sous-terrain plus loin,
nous recrache, crac, en plein massif vosgien
entre deux flancs escarpés de montagnes boisées

tu t'es contenté d’une pause, café allongé
servi avec un carré de chocolat qui s'est cassé
lorsque je dépliais son petit papier argenté
alors, qu'avec l'autre main, je feuilletais "Voyages
c'est d'la joie", le magazine du wagon bar

du haut tabouret rigide et qui tournique
j'approche mon genoux, il frôle le tien, hein ?
derrière tes mails, de jour en jour, tu me cibles
puis, là, assis tout à côté, assis, là, tu restes coi
sans un regard pour moi ou presque ; tu lis
la dernière dépêche de "l'Agence France Presse"

mais c'est que je te l'ai déjà dit, toi et moi,
je préfère te prévenir, limite dans l'oreille
ça veut dire quoi, quand ta bouche retouche
la mienne, tes lèvres sèches et que tes bras cherchent
ou que tes mains sur mes fesses pressent
et que quand tout ton poids sur moi, quoi ?

tu caresses, du dos de la main, le portrait
destiné à ta double page de la femme au fossé,
percutée par un automobiliste qui ne s'est pas arrêté
tu déchires le sachet et déverses les grains de sucre
à côté du gobelet cartonné que tu viens d'écraser
sur la tablette scellée sous cette putain de vitre blindé

samedi 13 décembre 2008 à 05:15

solo

Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »

on dirait une musique de film
comme un concertino en fin d'après midi,
un piano caresse la plainte d'un sax
ce doit être encore celui de Tangery

une double allée de chênes bravaches
achemine vers un pavillon de chasse
abandonné au centre d'un paisible airial,
agrémenté de conifères sur une herbe rase
la lumière électrique jaunâtre beigne les six
pièces en enfilade et de plain-pied, c'est la façade

à deux battants, une porte vitrée jusqu'au sol,
grande ouverte, encadre l'homme bec, au cuivre d'anche,
debout, masquant un feu de cheminée, il s'agite,
verre à gros cul suspendu et se pavane au téléphone :
je te dis que je suis parfaitement calme
je n'ai pas bu ! je me distrais un rien, pour qu'une nuit

mises à part deux chaises d'allure antique,
disposées face à la flambée, rien ne gêne ni ne bouge, sauf,
le trompe l'œil de céramiques, motifs gris au sol, labyrinthiques
la patine des boiseries craquelle, tout s'écaille, ici,
les ampoules pendouillent, piteuses, à bout de fils nus

soliste, il enjambe d'un seul pied, le socle du foyer
ses yeux perdus s'attardent, fixent la crête des flammes
qui dansent avec les armoiries forgées, œdèmes à la plaque de fonte
il dispose une bûche, pincée du tisonnier, entre les chenets
et son godet sec retrouve le combiné du à qui au sans fil
le manteau raide orne le tablier de l'âtre, ça l'indiffère

décroche, emprunte un sentier qui disparaît derrière la dune
déchiré par les ajoncs, empêtré dans la bruyère charnue,
englouti sous les genêts, parvenu enfin sur le sommet,
et vertige du ciel étoilé, il tangue avec la houle de l'immense pinède

pendant que ce promeneur noctambule bascule,
abattu sur un épais tapis d'humus, à l'abri du vent fouisseur,
l'étendue de dômes aiguillés, au dessus de laquelle il se trouve pité,
roule sous le souffle marin ; les masses d'eaux océaniques
s'effondrent contre cet interminable front de sable insensible

dimanche 14 décembre 2008 à 00:18 pm

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