jeudi 26 février 2009
et d'effort et d'effet
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Claire Pietra a écrit jeudi 27 février 2009 à 16:08 pm
Objet :traçant (mis en musique, bientôt)
Patience,
Tout, je veux savoir, tout. Rédige-moi l’histoire de ce regard, déballe-moi sans délai, de ce portrait, tous les secrets. Dis donc, de cet homme sur l’image dont je préfère encore taire l’identité, délicatesse ultime de ma part, non (?) envers ses proches, mais aussi, prudence évidente parce que l’affaire judiciaire avec laquelle il a maille à partir, cette inextricable affaire, toujours en cours d’instruction, embarrasse, j’en fais quoi ? De cet homme sur l’image, raconte-moi le rando, raideur hors piste vicinale, raconte-moi ce qu’il est possible et permis, supportable, surtout supportable pour moi, de lire.
Pas évident, ce n’est pas évident, 'pas ? L’action se passe sur la côte cantabrique, à deux pas de « la Fosse au Fou », un siphon marin de l’enfer, gigantesque colonne circulaire, creusée à la verticale depuis la crête, même, jusque dans les fondations de la falaise calcaire, à une volée de pierre lancée depuis la grotte ornée de Pechon, grotte dont s’ouvre la grille d’entrée en frappant au carreau de Sarcelia - c’est la bedotte du village - pour obtenir d’elle, miracle, la clé du cadenas qui après dix heures et sans relâche, de crampons dans la lande et la caillasse, révèlera aux faisceaux de lampes acétylènes et frontales, nos rêves ocres et bruns sur les parois rocheuses, tatouages en entrailles, mystères enduits, ceux de nos viscères repeintes.
De cet homme sur l’image, livre-moi ce que tu m’autorises. Vas-y, mais écris. Mon tapis romanesque trame une histoire que je m’assure, simple : il commence par un roman qui finit, une photo en noir et blanc, pièce à charge d’un procès en cours qui découvre un type qui lui, s’est déjà condamné et finit par un roman qui commence : la rencontre avec une femme, qui, assise sur une banquette de musée, se contemple, admire, le croit-elle ainsi, un fétiche préhistorique, une œuvre d’art. Tout se passe, tout, dans l’entredeux cent milles, une espèce d’errance où les choses n’en finissent pas de finir ou de commencer ?
On y voit quoi, sur la photo, dis ? D’un sombre étayage, un sous bois, perce un regard en biais, sous abri des sourcils, durci par une virgule griffant sa pommette droite. C’est curieux, ce regard s’extrait de la caboche inclinée, rehaussée de fines aiguilles, quelques cheveux rebelles qui s’irritent alentour, se dressent et s’agitent, frémissent par devant un feuillage, qui, à l’arrière plan, tremble, appel discret vers une lumière rare ; l’éclairage d’un quartz tombe de là-haut, du gril en douche. C’est curieux, ce regard, frappe unique à double mire, pointé vers l’objectif, ce regard produirait, selon moi, l’étrangeté de la mise en scène argentique, un drame photographique. Le drame, mais le drame de qui ?
De cet homme sur l’image, dis, vas-y, dis ce qu’il est possible et permis, acceptable mais, pas plus, pour moi, de lire. Je divague et me concerte avec le prévenu, je croise, avec lui, les anecdotes qui se contredisent, se multiplient ou s’abolissent. J’y mêle son intime et le mien avec le mural, alors que chaque audience, au tribunal, délace et dilate, son affaire privée en pleine tribune publique, exhibe son linge perso qui dégouline en commentaires depuis quelque « Affirmatif Point Comme » vers les forums les plus productifs.
C’est ça, oui, ça cogite et mijote et mes certitudes, happées par la luminosité basse du décor végétal, se heurtent, et se nourrissent, s’opposent au silence que m’adresse le modèle. « Eaux fortes » et « pointes sèches », je détache sur le papier mat, les objets éclatants suivants : un t.shirt blanc, au col duquel s’entortille une étiquette agaçante ; un nez, c’est dit, saillant ; une mandibule inférieure, à sa naissance : bossue ; une calotte osseuse sub-orbitale qui penche, perchée au dessus du regard, deux pupilles en fuite cavalière. Magnétiques, ces deux taches fixes, renfoncées dans leur cavités anatomiques. Dieu, que ce regard, fascine, enfin moi, qui puis-je, je m’obstine ! Quelques feuilles suspendues, enluminures primitives, décrochées du grand écran en profondeur de scène - drapé uni, nuit - survivent hors sol en d’étranges croyances ascensionnelles. Mais qui, qui l’a pris, la photo ?
J’aime plaindre, en pleurs, ses mains disparues car de cet homme sur l’image, le bas du cadre taille, par deux, sa poitrine et ne laisse pendre, seul visible, du bras valide que le moignon. Reste à choisir ma vitesse de lecture, je m’y recréerai, prétend-on, à mon aise. Pesante ou drôle, frivole, tragique et futile, mon allure changeante complique, triture à souhait, le paysage quotidien. Tout y devient incertain, confusément précis !
Pas évident, ce n’est pas évident, vrai ? En double commande, pirate, je parasite l’enquête, celle du juge en charge de l’affaire. Serait-ce possible ? Béatrice, la complice de mon personnage, amatrice de combinaison plongée et tout comme lui, d’antiquités, entre en scène à marée haute. L’astuce convenue avec elle, pour le rejoindre sans témoin dans la grotte, selon mon hypothèse, c’est la crique, en face de la gueule ouverte d’accès au gouffre, un boyau immergé à quelques mètres sous la surface, ce jour-là, sans vague. Son zodiaque qui dézippe l’eau de l’anse, je suis catégorique, est piloté par un autre marin confirmé qui se charge des navettes depuis la plateforme du voilier discrètement ancré, jusqu’à la nacelle débordante de leur collecte archéologique ». A croire le story-board de mon film, en douceur, les paniers descendent jusqu’au pied de la muraille, bel aplomb, ce filin de nylon, non ?
Ensuite, quoi ? Je trace sur mon immense nappe blanche au sol, des lignes sans objet apparent. Je construis du possible, retouche la construction graphique. Je m'attarde sur un détail, reconsidère l'ensemble. Je supprime une fondation que je juge, désormais, inutile. Tant de fois, je repense l'épreuve d'où jaillit, sans cesse, d'autres perspectives que, mais c’est stupide, j’abandonne, suis-je idiot ! Bon d’accord. Bouteille à oxygène, équipement commando sous-marin, complet, la comparse de mon totem traverse à la nage, pour elle c’est facile, le siphon grondant par dessous la falaise, refait surface, prend pied, de l’autre côté, sur un rocher, au fond du gouffre. Alpiniste agile, aussi, elle escalade les trente mètres de paroi verticale et lisse où l’attend tout en haut, au plus périlleux passage, ça y est, j’ai pigé, son destin, le fossoyeur, mon commandeur. Tout autour, je ne vois, à leur mains gauches : rien, le grand vide dans le vent, la mer en bas s’empale et, sur mains droites, guère mieux : un invraisemblable fossé les sépare d’une large bande herbeuse et sauvage mais, entre et, sous leurs pieds : une herse verticale, des pics en pointillés, lambeaux de rocs, lances de l’ordre géologique. Démence audacieuse (?) mes deux funambules, osent où les sabots fourchus de chèvres renoncent. Au sortir de la séance d’écriture, je coupe par un shunt lumière, et je conclus : « je me retire », alors là, mon zozo, à coup sûr, je me plante.
L’histoire de mon ombre sur l’image, par un scénario crédible, remboursera-t-elle ma dette ? Au lieu de cela, me soumettre, en tout point, m’exécuter : je ruse. Je remplace l’inéluctable du récit qui, encore et pour toujours, enchaîne les faits, noue les drames où règne en force, à part égale, l’ordre et l’identité par quoi ? La logique du hasard ; celle où l’aléa s’allie à l’agone, où ma raison fracassée résonne d’angoisses et de joies, un vrai bazar. Je joue la comédie dans mon cabinet cuisine, je danse, brisé, sur des morceaux de miroirs pilés. Reflets dépliés, je raconte que je me raconte une histoire.
Je poursuis ce mis en examen qui figure sur l’image, je progresse en lui, minable, à quatre pattes. L’effroi du vertige glace, cristallise mon système cérébro-spinal. J’atteins et franchis, presque, la passerelle qui, fixée au sommet de la falaise, s’effondre, sous ma surcharge, poids d’ange. Béatrice, pourquoi n’est-elle plus là, encordée, derrière moi (?) se raccroche à la main courante et métallique, elle glisse, se régale, en rigole. C’est fini. La rampe en partie décrochée du rocher, retient, encore si peu, la plateforme qui s’est dérobée sous ses pieds. La prochaine visite au parloir, ce sera, patience, samedi.
samedi 14 février 2009 à 02:45 am
vendredi 17 octobre 2008
démallons tout
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Claire Pietra a écrit vendredi 17 octobre 2008 à 04:50 am
Objet : prosodié (six projets)
Méridien retrouvé
Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
Musique : Grégory Casal
Sous ces sept traverses de portées musicales, de part et d’autre de l’axe médian, sur lesquels s'inscrivent les multiples reflets de nageurs obstinés, et qui segmentent mon dos crawlé, immergé en ce monde carrelé, je m’élance.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Google-earth on board is driving me so freaky.
La coupole perd de son éclat, se confond avec le ciel gris, apparaissent, ainsi, à sa surface : les reflets clair argent de l'eau frappée par les projecteurs, les tracés ondulants tout au fond du bassin, sa bordure interrompue pour faire place aux plongeoirs, plots pour prix d'excellence.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Google-earth on board, I’m becoming a bit whacky.
Se détachent dans les remous, à une courte distance, mes deux palmes orthopédiques, mes deux palmes ou douze si nous les comptions ! D'autres baigneurs, pagayant avec fracas, croisent à l'intérieur de ces six caissons miroitant au plafond.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
je parcours le monde, vingt mille mètres/secondes.
La pluie éclabousse la voûte vitrée. Des corbeaux, quelques instants, troublent le ballet d’ensemble, puis, disparaissent bien avant les nuages, verticales accroches, quasi fixes, draps tendus, au dessus de mes menus secrets.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
Nijni-Novgorod, Sumbawanga, Fianarantsoa.
Une verrière remplace l'ancien toit de la piscine « Ed. Pailleron ». Attendre la fin des travaux, quelle patience il m'aura fallu, ma chérie ! J'y nage en longueurs mes deux heures de bonheur par jour depuis l'inauguration.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
en plongée satellite même si immobile.
Je renverse légèrement la tête vers l'arrière, je rédige ces lignes à l'aide de mes bras balancés. Ma silhouette, allongée sur l'eau, soulignée par la tache sombre du maillot, par six fois, s'affiche sur les écrans.
Autour de la terre, trente trois mille fuseaux horaires,
je m’envoie en l’air, avec toi, mon overprose. (ter)
vendredi 17 octobre 2008 à 04:50 am
nos mots, Jeannot
Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
Musique d'après Tom Waits
et si je trouve les mots de Jeannot, peut-être, trouverais-je, les miens pourrais-je lire, qui sait, les tiens ? mais il dit quoi, Jeannot ? il dit : mon lit, c’est un donjon entouré de la douve profonde, creusée par mes propres mains avec acharnement, il dit : je suis Vauban, je fortifie ma citadelle à quatre pattes pour la rendre imprenable, je me protège par l’infranchissable fossé de ma souffrance d’un monde par trop incommuable il dit : je poinçonne mon sol, je lamine contre la prochaine hostilité de germaniques invasions inévitables avec tous les petits trous de la chanson, moi, Jeannot, je cause cunéiforme ; de cette écriture primale pour extraire les maux de l’origine, graffités par un ratier sur le plancher de ma solitude, je sonde jusqu’à l’infini, ma mine il dit : en enfer, c’est une rivière incandescente, elle enchâsse un des rochers-lits escarpés de Dante sur lequel, damné de l’inutile comédie, je m’accroche il dit : des limbes océaniques, entre les cornes du caprin, le souffle tenace sur les cordes tendues par un sauvage fait résonner les sensations caves de mon crâne il dit : entendez-vous ce vent vibrer à travers la multitude des trous de ma flûte-parquet juste au dessous de mon corps allongé ? je vais me coucher, je plonge dans le causse racleux mes plantes de pied ; la caresse confirme, active, la carte perforée d’un système binaire, complexe et sophistiqué ; c’est la partition musicale retranscrite sur les cartons d’orgue ; je la rejoue à chacun de mes passages obligés je m’allonge et depuis l’oreiller, je jauge Styx ; la menace file là, tranquille, la brasse paisible il dit : c’est mon Danube devant Zemun ; avec ma longue vue, tout en haut de la tour de garde, je scrute l’arrière pays derrière la crénelure, les garnisons oublieuses et avinées sommeillent en bas dans le marais ; aux aguets sur l’avant poste de Beograd, marche de la chrétienté, juché sur mon cénotaphe, armé de ma seule corne de brume, vigilant, j’alerte le quidam en cas de mouvements suspects dans la tumultueuse marée de joncs alentours il dit : les interminables alignements de ronds dans les encres brunes de Vincent Van Gogh, interrompent les radicales rangées de traits ; ses paysages japonisants comme mes incantations maléfiques, falsifient pour l’inexpert abusé, la redoutable trace des impacts en mitraille, innombrables et puis il dit la chambre, la chambre close, mon ultime refuge à moi, avant la mort ; l’antichambre je me lève à pas d’heure, mes pieds nus, aussitôt, replongent dans l’œuvre en cours mais dans ce cours de l’œuvre, à la chute du sommier, je retombe dans le flux du lit magistral immuable, mon écriture est toujours là, aux quatre pieds du lit, comme ma douleur inaltérable il dit
jeudi 27 novembre 2008 à 04:56
O. murs nus
texte : Claire Pietra , « Rédac’Orfil »
musique d'après Joseph Haydn
Dans la chambre aux murs nus
Lacée serrée lacérée
Dans un corset, émue
Quand m'enlaceras-tu ? (bis)
O. murs nus (bis)
Le temps s'étire infini
Main de velours sur ma peau
Pages après pages
je lis
L'histoire d'une femme sans nom (bis)
O. murs nus (bis)
Par la fenêtre entrouverte
Sur le jardin désert
Les branches de l'arbre pénètrent
Sous ma peau comme des fers (bis)
O. murs nus (bis)
Promesses inutiles
Dans la pierre aux dents dures
Les paroles sont futiles
Qui dit j'aime a perdu (bis)
O. murs nus (bis)
Dans la chambre aux murs nus
Lacée serrée lacérée
Dans un corset, émue
Quand m'enlaceras-tu ? (bis)
O. murs nus (bis)
dimanche 23 novembre 2008 à 08:27
chiche
texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
viens, tu viens chéri, chich', mais
après Gérard avec qui j'écris
que des tas d' trucs hardis, ah si si
après Alain qu'on en grille une
comme deux frileux sur le parvis, zipo zip'
après Cyril que toutes admirent
curieux mâle beaucoup trop loup, hou-hou
après Rico, chef craint d' service
pour ses sublim's cuirs, ouille ouille
mais
surtout, viens, car si j'oublie
viens,tu viens chéri, chich', mais
après Jean-Yves avec qui j' marche
à vive allure, nos jambes, han han
après Marc, mon number one
à qui, c'est fou, tout réussi, tout
après Raoul, même qu'il m'aime
ce mari d' génie, le mien, hihihi
après l' grand Léo quand il me prend
dans son auto d'écolo, new bouh
mais
surtout, viens, car si j'oublie
viens, tu viens chéri, chich', mais
après André avec qui j' danse
ce que c' tch'tchène bouge, tant pis toupie
après m'sieur Louis, ça, c'est papa
qu'est tout'l' temps pas du tout content, brrr na
après Thierry, parc' que si p'tit
qu'avec moi, l'est assez gentil, au dodo
après François, là, j'te suis pas
tu veux pas d' ça, un autre enfant, mouin ouin
mais
surtout, viens, car si j'oublie
mercredi 03 décembre à 02:52 am
ça veut dire quoi ?
Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
c'est parce qu'il attend des voies spéciales
en direction de l'est parisien
que notre TGV traverse le bassin
à la vitesse d’une loco ordinaire
dans un tunnel carnassier qui nous avale, passé Nancy
et quelques solides caténaires sous-terrain plus loin,
nous recrache, crac, en plein massif vosgien
entre deux flancs escarpés de montagnes boisées
tu t'es contenté d’une pause, café allongé
servi avec un carré de chocolat qui s'est cassé
lorsque je dépliais son petit papier argenté
alors, qu'avec l'autre main, je feuilletais "Voyages
c'est d'la joie", le magazine du wagon bar
du haut tabouret rigide et qui tournique
j'approche mon genoux, il frôle le tien, hein ?
derrière tes mails, de jour en jour, tu me cibles
puis, là, assis tout à côté, assis, là, tu restes coi
sans un regard pour moi ou presque ; tu lis
la dernière dépêche de "l'Agence France Presse"
mais c'est que je te l'ai déjà dit, toi et moi,
je préfère te prévenir, limite dans l'oreille
ça veut dire quoi, quand ta bouche retouche
la mienne, tes lèvres sèches et que tes bras cherchent
ou que tes mains sur mes fesses pressent
et que quand tout ton poids sur moi, quoi ?
tu caresses, du dos de la main, le portrait
destiné à ta double page de la femme au fossé,
percutée par un automobiliste qui ne s'est pas arrêté
tu déchires le sachet et déverses les grains de sucre
à côté du gobelet cartonné que tu viens d'écraser
sur la tablette scellée sous cette putain de vitre blindé
samedi 13 décembre 2008 à 05:15
solo
Texte : Claire Pietra, « Rédac’Orfil »
on dirait une musique de film
comme un concertino en fin d'après midi,
un piano caresse la plainte d'un sax
ce doit être encore celui de Tangery
une double allée de chênes bravaches
achemine vers un pavillon de chasse
abandonné au centre d'un paisible airial,
agrémenté de conifères sur une herbe rase
la lumière électrique jaunâtre beigne les six
pièces en enfilade et de plain-pied, c'est la façade
à deux battants, une porte vitrée jusqu'au sol,
grande ouverte, encadre l'homme bec, au cuivre d'anche,
debout, masquant un feu de cheminée, il s'agite,
verre à gros cul suspendu et se pavane au téléphone :
je te dis que je suis parfaitement calme
je n'ai pas bu ! je me distrais un rien, pour qu'une nuit
mises à part deux chaises d'allure antique,
disposées face à la flambée, rien ne gêne ni ne bouge, sauf,
le trompe l'œil de céramiques, motifs gris au sol, labyrinthiques
la patine des boiseries craquelle, tout s'écaille, ici,
les ampoules pendouillent, piteuses, à bout de fils nus
soliste, il enjambe d'un seul pied, le socle du foyer
ses yeux perdus s'attardent, fixent la crête des flammes
qui dansent avec les armoiries forgées, œdèmes à la plaque de fonte
il dispose une bûche, pincée du tisonnier, entre les chenets
et son godet sec retrouve le combiné du à qui au sans fil
le manteau raide orne le tablier de l'âtre, ça l'indiffère
décroche, emprunte un sentier qui disparaît derrière la dune
déchiré par les ajoncs, empêtré dans la bruyère charnue,
englouti sous les genêts, parvenu enfin sur le sommet,
et vertige du ciel étoilé, il tangue avec la houle de l'immense pinède
pendant que ce promeneur noctambule bascule,
abattu sur un épais tapis d'humus, à l'abri du vent fouisseur,
l'étendue de dômes aiguillés, au dessus de laquelle il se trouve pité,
roule sous le souffle marin ; les masses d'eaux océaniques
s'effondrent contre cet interminable front de sable insensible
dimanche 14 décembre 2008 à 00:18 pm
dimanche 24 août 2008
prose au réseau
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Claire Pietra a écrit dimanche 24 août 2008 à 05:21 am
Objet : de mobiles amours
Jérôme le 15/08/2008
à 19:22
Mes parents
m'interdisent de te retrouver, ce soir, au bar de la piscine. After à la boite
du Sangha, t'es OK ? Bise.
Jérôme le 16/08/2008
à 16:35
Sieste
profonde. Temps couvert pour de nocturnes orages. Je t'appelle demain, dès
pisté sur Paris. Ton valet en paix.
Jérôme le
16/08/2008 à 21:24
Dors bien. Je t'embrasse très chère Kadiatou. Essaime-moi les nuages. Bamako par réseau UMTS, c'est à Paris-quartier !
Kadia le
17/08/2008 à 12:02
Beau temps,
mais peu frais. Nuit courte. Ferais-tu aussi le chevalier servant plutôt que le
valet de sexe, de pied ?
Jérôme le
17/08/2008 à 13:33
Servant ?
Bien sûr ! Si dame Kadia m'y engage avec cœur et... corps ! Température douce.
Rêveries avant Thomas Mann.
Kadia le
17/08/2008 à 21:08
Cœur, corps
et j'espère... avec esprit. Nuages avec soleil et pluies. Une sieste, enfin. Et
le film ? Je t'embrasse.
Jérôme le
17/08/2008 à 21:15
Rayons par
soleil délicat, discret, caressant, aussi. J'ai grandi, Visconti m'a même pas
fait pleurer. Soirée douce.
Jérôme le
18/08/2008 à 18:54
Nuages
indolents s'effilochent, d'autres, plus anthracites, s'agacent du trop d'esprit
qui les empèseraient. Baiser.
Kadia le
18/08/2008 à 20:50
Nuages
bleutés et insouciants dans un ciel rose au dessus d'une ville à tôles
ondulées. Sages nuages. Pensée tendre.
Jérôme le
18/08/2008 à 21:39
Persistantes
suspensions, joyeuses ou menaçantes mais là, le soleil en majesté me néglige.
Je t'embrasse, rude bise.
Jérôme le
19/08/2008 à 05:25
Des nuages
bleutés ondoient, frôlent en façade, l'arrête d'immeubles et dispersent dans la
nuit des tendres rosées.
Kadia le
19/08/2008 à 13:51
A quel numéro, rue Al. Rops, habites-tu ? Mes frères sur place avec vos
colissimos t'offrent mon shopping surprise !
Jérôme le
19/08/2008 à 16:52
Sans avis
de tempête, ni bulletin météo marine : au 2 rue Rops en instance de
déménagement. Famille, pour en finir.
Jérôme le 20/08/2008
à 04:48
Le vent
s'acharne dans les plus hautes branches où bruissent les feuilles mais pas sur
mon cerf-volant. Assez doux ?
Kadia le 20/08/2008
à 13:31
Il serait
doux de pouvoir écouter la Pavane de Fauré avec toi. Isolée, plus de
crépitements sous les toits rouillés.
Jérôme le 20/08/2008 à 17:50
Nous restera-t-il qu'un tube été 2008, ce devrait être cette Pavane avec toi. Je t'aime tant, trop. Tiens ! Un éclat.
Jérôme le 21/08/2008 à 21:28
Lundi, au
déjeuner, la première bogue verte, HIV, s'est effondrée comme char du ciel sur
mon bras, face à l'hôpital.
Jérôme le 21/08/2008 à 21:43
Inusables
Argerich et Abbado, fondateurs du groupe ABBA interprètent un joyeux concerto
n°1, Chopin. Fan, j'te bise.
Jérôme le 22/08/2008 à 04:55
Lundi, ce
char HIV annonçait l'automne, pas l'assaut. Claudio Abbado pas vraiment disco
suédois quand je t'embrasse.
Jérôme le 22/08/2008
à 18:00
Mais
j'entends Pavane de Fauré qui me diminue si petit. Seul un vol au bout du monde
me redonnera une taille honnête.
Kadia le 22/08/2008
à 19:44
Troisième
message : j'arrive demain à CharlesDG2, dix sept heures trente quatre. Es-tu
toujours prêt à m'accueillir ?
Jérôme le 22/08/2008 à 22:01
Oui. A tout à l'heure et bon voyage. Ton retour incendiera le ciel à l'est pour ravir du pur bleu, côté ouest, amie.
[suite]
dimanche 10 août 2008
"sans soleil", lu
----- Message -----
Claire Pietra a écrit dimanche 10 août 2008 à 09:36 am
Objet : associer en secret




de haut en bas, de gauche à droite : "Lily furieuse" (panneau 1, détail), "Mermel" (panneaux 2 à 15, détails) mine de plomb, crayons de couleur sur papier (non signés, non datés).
« Bénédictions » (Les Fleurs Du Mal)
Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poëte apparaît en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :
- « Ah ! que n’ai-je mis bas tout un nœud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !
Puisque tu m’as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d’amour, ce monstre rabougri,
Je ferai rejaillir ta haine qui m’accable
Sur l’instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu’il ne pourra pousser ses boutons empestés ! »
Elle ravale dans l’écume de la haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne Les bûchers consacrés aux crimes maternels.
Pourtant, sous la tutelle invisible d’un ange,
L’Enfant déshérité s’enivre de soleil, Et dans tout ce qu’il boit et dans tout ce qu’il mange
Retrouve l’ambroisie et le nectar vermeil.
Il joue avec le vent, cause avec le nuage,
Et s’enivre en chantant un chemin de la croix ;
Et l’esprit qui le suit dans son pèlerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.
Tous ceux qu’il veut aimer l’observent avec crainte,
Ou bien, s’enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l’essai de leur férocité.
Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d’impurs crachats ;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu’il touche,
Et s’accusent d’avoir mis leurs pieds dans ses pas
Sa femme va criant sur les places publiques :
« Puisqu’il me trouve assez belle pour m’adorer, Je ferai le métier des idoles antiques, Et comme elles je veux me faire redorer ;
Et je me soûlerai de nard, d’encens, de myrrhe,
De génuflexions, de viandes et de vins,
Pour savoir si je puis dans un cœur qui m’admire
Usurper en riant les hommages divins !
Et quand je m’ennuierai de ces farces impies,
Je poserai sur lui ma frêle et forte main ;
Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,
Sauront jusqu’à son cœur se frayer un chemin.
Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,
J’arracherai ce cœur tout rouge en son sein,
Et, pour rassasier ma bête favorite,
Je le lui jetterai par terre avec dédain ! »
Vers le ciel, où son œil voit un trône splendide,
Le Poëte serein lève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l’aspect des peuples furieux :
-« Soyez béni, mon dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux plus saintes voluptés !
Je sais que vous gardez une place au Poëte
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des trônes, des Vertus, des Dominations.
Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais le terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.
Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair ;
Car il ne sera fait que de lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ! »
d'après « ces fleurs maladives » de Charles Baudelaire, mardi 23 juin 1857 (horaire non encore parvenu)
mercredi 30 juillet 2008
fort tabac, essuyer un grain
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Claire Pietra a écrit mercredi 30 juillet 2008 à 04:53 am
Objet : cabinet secret
"Mermel (10)", mine de plomb, crayons de couleur, sur papier, 148 X 210, (non signé, non daté)
"Mermel (17)", mine de plomb, crayons de couleur, sur papier, 148 X 210, (non signé, non daté)
"Lily furieuse" (détail) et "Mermel (17, détail)"
"Lily furieuse" (détail), Mermel (10, détail) et "Mermel (17, détail)"




